Bonjour, Raphaël, 17 ans, possède absolument TOUT les éléments pour être heureux dans sa vie mais ne peut résolument pas s'empêcher de retomber, à un moment ou à un autre, dans une sorte de piteux état végétatif dans lequel la seule réelle ambition manifestée serait une vague forme de légère autodestruction à moitié assumée (si, bien sûr, par "autodestruction" on entend une mini mutilation par le foie, un sabotage volontaire et conscient de ses propres études et un refus catégorique et complètement irrationnel de s'intéresser de prêt ou de loin à sa vie future). Suis-je "normal" ? Non, j'ai toujours eu énormément de problèmes avec ce mot et son utilisation. Par contre, est-ce que, comme 6 milliards d'autres individus, je fais partie du genre humain ? Absolument, jusqu'à preuve du contraire.
Je ne suis pas de ceux qui s'improvisent d'humeur lunatique et capricieuse juste pour pouvoir donner un peu de piment contre-façon à leur existence et la justifier "vite-fait", se persuader de mener une vie de pseudo junkie-rock star et improviser de fausses querelles tragicomiques ponctuées de lancés de chaises et de tout autre projectile pour se cacher derrière un personnage et pour pouvoir ainsi amuser leur inconscient tout en étant à l'abris des coups que le destin nous met en travers de la gueule. Non, je ne fais pas partie de cette famille, du moins, je n'en fais désormais plus partie.
J'ai décidé de ne plus mentir ni à ma vie, ni à mon droit d'être heureux. En d'autres termes, je joue franco avec les cartes que j'ai en mains pour pouvoir me dire, avant de pousser mon dernier souffle, que je pourrais faire plein de veinards avec ce que j'ai pu vivre en une seule vie. Et c'est comme ça que je me suis rendu compte que le genre humain m'exaspérait et par conséquent, que j'avais du mal à me supporter, moi. Où je veux en venir ? J'ai récemment fait l'expérience que malgré que l'homme ait cette obsession, aussi vieille que lui, de la recherche constante du bonheur, une fois que ce-dernier l'a finalement atteint d'une façon ou d'une autre, il finit immanquablement par le trouver trop plat, trop parfait pour être appétissant et va préférer inconsciemment se plonger dans une humeur sombre sans même que cette dernière ait un quelconque rapport avec quoi que ce soit. Histoire de faire du mouvement, de varier les tendances, de créer un léger déséquilibre dans l'équilibre parfait si longtemps convoité. Pitoyable et incompréhensible à la fois. Et surtout très très très irritant. La vérité, c'est qu'on ne sait jamais où on a mal, la seule chose que l'on sait, c'est qu'on a mal, le reste part instantanément en fumée.
Quand je dis que j'ai tout pour être heureux, je le pense sans aucune hypocrisie pour une fois. Parce que désormais quand je dis "tout", je pense "elle". C'est un fait : je l'aime, et la logique de l'amour réciproque fait qu'elle me rend heureux, elle me comble. Et c'est peut-être justement ça, ce bonheur croissant et sans interruption qui dure depuis une demi-année maintenant, qui fait se poser des questions à mon esprit aux vieilles habitudes légèrement auto-destructrices et toujours en total manque de confiance en soi.
Pourquoi moi? Et qui c'est moi? A vrai dire, ces derniers temps je ne sais plus qui je suis ni où je vais. Questions récurrentes dans la vie de tout être humain conscient digne de ce nom. D'autant plus lorsque vous êtes un jeune pitit lycéen naïf et crédule, avec la vie en face de lui mais encore en quête de son avenir. Qui plus est lorsque deux de vos plus grands modèles ou encore "piliers" de votre propre identité vivent à l'autre bout du pays, à quelques 1072 km ou encore quelques 778 km de la ville où vous vivez. Un frère d'âme en Bretagne qui porte en lui une partie de vous, de votre vie et un frère de sang qui vit dans notre capitale et dont la personnalité constitue tout simplement les bases de la construction de votre propre personnalité...Je ne pense pas que ce soit réellement "leur rôles premiers" mais c'est ce qu'ils sont pour moi et c'est d'autant plus frappant pour moi lorsqu'ils apparaissent devant mes yeux après quelques mois d'absences...
De plus, avec ces séparations, je perds l'une des activités dans ma vie qui me faisait le sentir le plus libre possible, qui alimentait la plus grande passion de mon existence.
Sincèrement, comment voulez-vous que je ME retrouve MOI dans ce genre de période ?
Je ne peux pas, je ne peux plus être ce moi auquel je commence presque à m'habituer.
Alors on en revient à ça: ON CHANGE, TOUT LE MONDE CHANGE.
Alors que certains commencent déjà à partir sur les habituels et exaspérants "c'est la vie", "c'est comme ça", "de toute façon, qu'est-ce tu veux?", moi je m'énerve dans mon coin, tout seul, comme je sais très bien le faire, parce que j'en ai réellement marre de faire semblant, de participer à cette hypocrisie générale et lâche à mourir qui consiste à dire que le changement c'est la base de la vie, MEEEEERRRRRRDDDDDDDDEEEEUUUHHHHH!!!
Tout le monde change et même nos proches, et c'est justement chez eux que l'évolution est la plus notable, à partir du moment où c'est à eux que l'on prête le plus d'attention possible...Et ça nous emmerde tous jusqu'au plus profond de nous de voir les notre changer, parfois sans nous, mais personne ne veut jamais l'admettre et tout le monde se prétend au-dessus de ça.
Moi, en ce moment, je hais viscéralement le changement, et ni vous ni moi ne pourrons y changer quelque chose avant un bon bout de temps.
Sur ce, je vous dois combien docteur ?
*Jeff Buckley - Mojo Pin (Live in Japan)